HUMILIATION

Mis à jour : 5 nov. 2020

La scolarité d'un élève avec TDAH est très complexe. Les parents sont souvent exposés à la sortie de l'école, ainsi que l'enfant. Voici l'histoire de Walid, qu'a bien voulu partager avec nous sa maman. Fatiguée de toutes ces humiliations et incohérences, le dialogue avec l'enseignante étant devenu impossible, la maman de Walid a écrit un courrier à l'IEN.

Le voici: (les noms ont été retirés volontairement)


"Le 12 avril 2019

Madame l’Inspectrice de l’Education Nationale,

Je me permets de vous solliciter de TOUTE URGENCE concernant de graves problèmes rencontrés par mon fils Walid: élève en situation de handicap, il a un dossier MDPH avec un suivi extérieur ainsi que la présence d’une AVS quinze heures par semaine. Mon fils est actuellement en classe de Ce2.

En effet, la situation, déjà extrêmement compliquée depuis le début de l’année scolaire, ne fait que se dégrader et empire au fil du temps.

Des événements récents inadmissibles me conduisent à demander votre intervention RAPIDE et TRES URGENTE. Le contexte scolaire anxiogène par ailleurs ne cesse d’augmenter et provoque de sérieuses répercussions sur la santé et l’équilibre psychologique de mon fils.

Nous nous sommes déjà rencontrées lors d’une équipe de suivi de mon fils en 2018 et nous avons déjà eu également un entretien téléphonique. Je me permets cependant de vous remémorer le contexte déjà compliqué à l’époque et vous évoque de sérieux nouveaux problèmes.


Les difficultés rencontrées par mon fils aussi bien sur le plan scolaire que médical sont étalées au grand jour sans aucun complexe devant tous, en prenant à partie souvent les uns et les autres.

Depuis le première semaine de rentrée scolaire en Septembre 2018, la maîtresse de mon fils nous appelle mon mari ou moi quasiment tous les jours, et ce pour le moindre problème.

Régulièrement , elle nous interpelle également à la sortie de la classe, sur le parvis de l’école, devant tous les autres enseignants et parents d’élèves. Les difficultés rencontrées par mon fils aussi bien sur le plan scolaire que médical sont étalées au grand jour sans aucun complexe devant tous, en prenant à partie souvent les uns et les autres. Cette situation particulièrement humiliante et discriminatoire vis-à-vis de mon fils est intolérable, d’autant que je suis contrainte régulièrement de me justifier aux yeux de tous, parents et enseignants. Je ne pense pas que le parvis de l’école soit un lieu d’échange et de communication approprié.

A la fin du mois de Septembre 2018, à la sortie du midi, l'enseignante nous soumet, à mon mari et moi-même, toujours sur le parvis de l’école devant les autres parents et enseignants, un contrat D’INTERDICTION DE ONZE RECREATIONS ainsi que de SPORT.

Nous sommes quelque peu surpris de cette méthode mais pris au dépourvu, mon mari SIGNE ce « contrat ». Aucun double ne nous est remis. Après réflexion, je décide d’appeler l'enseignante référente, qui après s’être renseignée, m’informe que ce n’est pas exactement ce que nous avons compris…. Mon fils a alors été privé de récréation ladite journée.


Début Octobre, après avoir déposé mon fils à 13h30, j’entends ce dernier s’énerver fortement depuis la cour. J’interviens, l’isole et le calme rapidement. Le directeur de l’école m’explique que mon fils s’est emporté car l’AVS sensée accompagner mon fils au sport n’est pas disponible et que par conclusion, ce dernier ne s’y rendra pas, évoquant un caractère dangereux pour mon fils. Je suis étonnée de ce manque de communication. N’aurait-il pas été plus judicieux de m’en informer à l’avance afin de préparer mon fils de ce changement ? Les parents ne doivent-ils pas être informés de l'emploi du temps des AVS ? Par conséquent, je me propose de pallier à ce problème et d’accompagner mon fils au sport.

Connaissant le contexte médical particulier de mon fils, je regrette que l’équipe enseignante n’arrive pas à anticiper ces problèmes de gestion d’emploi du temps ; tous ces événements conduisent à de sérieuses répercussions sur la santé de mon fils et sur son bien-être. Les enseignants n’ont-ils pas pour mission d’être bienveillants envers les élèves, d’autant plus lorsqu’ils se trouvent en situation de handicap ? Est-ce aux parents de pallier à ces manques?

Les événements se poursuivent malheureusement le mois suivant. Le 9 Novembre 2018 à 10h30, une enseignante m’appelle pour un problème de comportement de mon fils. Mon mari et moi-même intervenons dans les cinq minutes. Dans le bureau du directeur, alors que notre fils est redevenu calme à nos côtés, une enseignante tente en vain de joindre les pompiers pour notre fils. Nous n’avons pas compris le sens de sa démarche ; cependant, nous attendons la venue des pompiers. Les pompiers, après un bref entretien, nous disent que leur intervention auprès de notre fils Walid n’est pas nécessaire et repartent.

L’AVS est restée pendant tout ce temps à nos côtés. Nous n’avons pas compris l’objet de sa présence, d’autant que les entretiens médicaux échangés entre les pompiers et nous relevaient du secret médical. Son attitude et son indiscrétion nous ont quelque peu interloqué. Nous pensons que notre fils mérite plus de bienveillance qu’autre chose. Des difficultés quant aux comportements à adopter et à la place de chacun sont récurrents.


Lors de l’équipe éducative qui a eu lieu le 13 Novembre 2018, nous avions proposé un changement de classe. La réponse du directeur a été négative. L’argument avancé par le directeur est qu’il y a deux maîtresses en place dans cette classe. Or, notre fils s’est déjà trouvé dans cette configuration de classe au cours de sa scolarité et il n’a rencontré aucun problème d’adaptation.

Lors de cette réunion, vous avez entendu nos difficultés relationnelles avec sa maîtresse et vous nous avez proposé trois réunions de travail en présence de la psychologue scolaire , de l'enseignante ressources, ainsi que la maîtresse de notre fils. De notre côté, nous vous avions parlé de la mise en place d’un nouveau traitement médicamenteux pour notre fils.

Le bilan de ces réunions a été mitigé : les deux premières réunions en présence de la psychologue scolaire et de l'enseignante ressources ont été constructives. La dernière réunion a eu lieu sans elles. Je me suis retrouvée avec le directeur et l'enseignante : elle peut se résumer à une succession de plaintes concernant le comportement de mon fils.

Est-ce vraiment ce qu’on peut attendre de professionnels de l’Education Nationale ? Le métier d’enseignants se réduit-il à rejeter la faute sur les parents ? Surtout lorsque ces derniers mettent en place tous les suivis extérieurs nécessaires pour leur enfant et sont disponibles pour intervenir très rapidement et efficacement en cas de problème pour soutenir les enseignants ? Ne devons pas plutôt travailler ensemble pour le bien de Walid ?

Par la suite, notre fils a démarré un nouveau traitement médical mais qui a eu de sérieux effets secondaires. Nous sommes contraints d’interrompre ce nouveau traitement . Nous en avons informé la maîtresse et le directeur par soucis de transparence .

Un compte rendu médical établi par la neurologue a été remis à l’école. Mais quelques jours plus tard, nous sommes étonnés d’apprendre par la psychologue qui suit notre fils que l’école l’a contactée, lui demandant les raisons de l’arrêt de ce traitement médical.

Quelle confiance peut-on donner à l'enseignante et le directeur si ces derniers remettent notre parole en doute ? Pourquoi vérifier l’exactitude de nos dires ? Ces manques de respect et cette immixtion au sein du milieu médical sont des attitudes quelque peu déplacées pour des professionnels de l’Education Nationale.

Encore une fois, nous pouvons nous poser la question de la place et du rôle de chacun.


Courant Novembre 2018, une enseignante me contacte une fois de plus afin de m’avertir d’un problème de gestion de comportement concernant mon fils. Les pompiers ont été prévenus. Nous arrivons avant les pompiers, calmons notre fils. Pendant l’attente des pompiers, un enfant s’emporte énormément, le mobilier jeté partout avec un enseignant qui tente de le maîtriser. Lorsque les pompiers sont arrivés, ils pensaient venir pour cet enfant. Après un entretien entre mon fils, un autre enfant et les pompiers, ces derniers nous ont informés qu’il s’agissait d'une simple histoire de rang qui a dégénéré, situation classique en école élémentaire. Suite à cela, les pompiers ont conseillé aux enseignants de les appeler uniquement en cas de situation grave. L'enseignante n’est pas venue nous demander si notre fils allait mieux. Nous entendons très clairement que la gestion des émotions et du comportement de notre fils peut être parfois difficile et compliquée pour l’équipe enseignante. Cependant, je pense que la situation n’est pas toujours évaluée à juste titre.

Par exemple, lors d’une séance de piscine (la maîtresse m’avait demandé d’accompagner mon fils), un enfant se dispute avec un autre élève : la situation dégénère vite. Le premier enfant étrangle le second. Ce dernier était au bord du malaise et aurait à mon sens nécessité une assistance médicale. Je ne comprends pas toujours comment sont mesurées les urgences.


Le 20 Décembre a été une journée compliquée pour notre fils, sur le temps de cantine. L’animateur parle des difficultés de Walid sur ce temps périscolaire à la maîtresse. Cette dernière conseille à l’animateur de téléphoner à la famille en cas de moindre problème. Cette information relatée ultérieurement par l’animateur ne nous surprend pas dans la mesure où nous sommes le théâtre de remontées concernant le comportement de notre fils à chaque sortie de classe. Cependant, cette façon d’intervenir en permanence dans des situations (sur le temps de cantine ou périscolaire)qui ne la concerne pas, nous peine énormément, continuant d’alimenter cette atmosphère anxiogène pesante.


A la fin du mois de Janvier 2019, lors de la remise du livret d’évaluation de notre fils, la maîtresse m’informe des difficultés d’apprentissage de mon fils. L’an passé, notre fils avait fait des progrès. Cette année, les résultats de notre fils sont en chute libre. Les évaluations me sont remises dans le désordre ; il est difficile d’y mettre du sens. Nous en sommes arrivés, mon mari et moi-même à lui faire rattraper les quelques éléments du programme connu le soir ou lors des week-ends.

Pourquoi l’an passé, des aménagements et une sérieuse différenciation avaient été mis en place par l'enseignante afin de faire progresser mon fils et que cette année, cela n’a plus lieu? Pourquoi le handicap de mon fils n’est-il plus pris en compte cette année concernant les apprentissages scolaires ? TOUS les enfants n’ont-ils pas droit à une scolarité adaptée, à leur rythme, selon leurs besoins ? Les répercussions des apprentissages scolaires ont également un fort impact sur le moral et l’importance de la place de l’école dans la représentation de mon fils. Quelle image l’école lui renvoie-t-elle ? Des sentiments récurrents d’angoisse, de stress, de refus d’aller à l’école se font ressentir de plus en plus par mon fils.

Le 15 Février 2019, je dépose mon fils à l’école, le directeur m’informe que la maîtresse ne va pas bien. Durant l’ESS de la veille, mon fils aurait écrit des insultes à l’encontre de son enseignante. Je demande à voir les écrits, le directeur me dit qu’il me tiendra informé.

A la sortie de l’école, je suis de nouveau victime d’une humiliation publique de la part de la maîtresse, le directeur, deux enseignantes ainsi que l’AVS sur le parvis de l’école.

Est-ce encore une fois le lieu et les interlocuteurs adaptés ? Est-ce normal de régler des problèmes sur le parvis de l’école aux yeux et oreilles de tous ? La situation n’est-elle pas déjà assez compliquée pour continuer à l’envenimer ? Est-ce réellement une attitude professionnelle d’adopter de tels comportements envers des parents d’élève ? Ne sommes- nous pas sensés être des partenaires? L’école n’est-elle pas là pour enseigner le respect des autres, base du savoir vivre ? Une autre alternative, dans le bureau du directeur, en entretien, n’aurait-il pas été plus judicieux ?

Face à cette situation extrêmement humiliante, je prends en photo ces écrits car la maîtresse me les montre à peine. En regardant de plus près, je m’aperçois qu’il ne s’agit pas de l’écriture de mon fils ! Cinq professionnels, malgré le fait que mon fils leur clame son innocence, ne se donnent pas la peine de comparer les écritures.

Le lundi suivant, je demande un entretien avec le directeur. Par chance, la psychologue scolaire assiste à notre entrevue. Le directeur reconnait qu’effectivement mon fils n’est pas l'auteur de ces insultes.

Toute cette agitation et ces conflits pour un tel aboutissement… le directeur ne m’a présenté aucune excuse pour cette erreur. Mon fils n’en a pas eu également.


Le mardi 26 Mars 2019,mon fils ayant un rendez-vous chez la psychologue en libéral pendant la pause du midi, je préviens l’école que je déposerai mon fils directement au sport. Ayant fini la séance plus tôt, nous attendons la classe à la sortie de l’école et constate à mon grand étonnement que l’AVS n’est pas présente. Aucune information ni de la part de la maîtresse ni de l’AVS ni du directeur ne m’a été fournie. J’ai donc dû accompagner mon fils à sa séance de sport une fois de plus. A 15 h50, le directeur m’appelle afin de m’informer que mon fils « a le regard noir ». Quel intérêt de me téléphoner pour cela ?

Le 29 Mars 2019, l'enseignante étant en arrêt jusqu’au 05 Avril, le directeur me demande de garder mon fils. Je lui réponds que je ne peux pas malheureusement le garder ce matin mais que je récupérerai Walid pour l’après-midi. Je l’informe également de la présence de l’AVS pour la journée. Mon fils m’apprend qu’il a passé la matinée dans le bureau du directeur sans aucune raison. Je ne comprends pas le sens de cette démarche. Cette mise à l’écart volontaire de l’équipe enseignante (aucun enseignant n’a souhaité accueillir mon fils ne serait-ce qu’une matinée dans sa classe ?) m’attriste profondément. Tous les enfants n’ont-ils pas droit au même traitement à l’école ?

Après un entretien avec l'enseignante référente, nous convenons que notre fils sera scolarisé uniquement lors de la présence de l’AVS soit seulement quinze heures par semaine.

Le mardi 2 Avril 2019, le directeur me téléphone pour me prévenir que « mon fils a trompé la vigilance de son AVS ». Les enseignants l’ont retrouvé assis calmement dans la bibliothèque de la classe ! L’AVS a fait un malaise suite à cet événement ; les pompiers sont intervenus une fois de plus mais cette dernière n’a pas souhaité se rendre à l’hôpital. Le directeur m’informe que l’AVS se rend chez son médecin et ne sera pas présente jeudi à l’école.

Comment est-ce possible que l’enseignant responsable de sa classe ne sache pas où se trouvent ses élèves ? Comment se fait-il que l’AVS qui n’a qu’un seul élève sous sa responsabilité puisse « être trompée » par un enfant de 9 ans ? Pendant ce moment, mon fils n’était sous la responsabilité d’AUCUN ADULTE de l’école ??? Qui est la victime dans toute cette affaire ? Mon fils sans surveillance ou l’AVS ? Cette erreur est extrêmement GRAVE car il en va de la SECURITE de mon fils à l’école. Cette MISE EN DANGER DE LA VIE DE MINEUR de la part de l’enseignant comme de la part de l’AVS est totalement inadmissible et pourrait relever de poursuites judiciaires.

Au vue de tous ces événements répétitifs, humiliants, culpabilisants et anxiogènes pour notre fils et nous-mêmes, nous demandons votre intervention la plus rapide.

Nous sommes dans la terreur que notre fils soit laissé seul dans l’école ou les classes ; nous sommes lasses de subir des appels téléphoniques incessants du directeur ou de la maîtresse, des scènes humiliantes et discriminatoires perpétuelles à la sortie de l’école sur le parvis de l’école, des intrusions constantes de la maîtresse ou de l’AVS dans d’autres domaines qui ne les concernent pas. Cette situation ne peut rester ainsi et perdurer jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Lundi 8 avril 19 à 21h40, je reçois un message d'un parent d'élèves.

Il y a un message d'un parent incitant les parents d'élèves à se plaindre de notre fils via les réseaux sociaux. Je vous ai averti par mail. Le mardi 09 avril, j'ai donc dû déposer une plainte pour diffamation et incitation à la discrimination contre cette maman d'élèves.

Aussi, si des changements ne sont pas observés très vite , et si la situation ne s’améliore pas rapidement avec un changement dans un futur très proche, nous serions contraint d’informer la DASEN et de prendre des mesures nécessaires. Une mise en danger de la vie de mineur n’est pas chose anodine et nous espérons qu’elle ne se reproduira plus.

Veuillez agréer, Madame l’Inspectrice de l’Education Nationale, nos salutations les plus respectueuses."


Voici donc, une fois de plus, le témoignage d'une maman dont l'enfant a été stigmatisé par méconnaissance du trouble, manque de formations et d'aménagements scolaires pour cet élève; pourtant, des solutions existent. Qui nécessitent une volonté politique.

Sa maman nous donne de ses nouvelles: "Depuis la rentrée, il est en Itep (Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique) car l'enseignante à réussi à le sortir de l'école... Ce fut une année traumatisante autant pour lui que pour nous."

Merci beaucoup pour ce témoignage, une fois de plus, très poignant...


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