L'Education Nationale ou les beaux discours de moulins à vent... un gâchis organisé.

Mis à jour : 5 nov. 2020

Témoignage de la maman de Zachary, 9 ans, atteint de TDAH avec multi-dys.

"L’AVS a été absent durant 8 semaines. Non remplacé, c’est sur mon fils, âgé de 9 ans et atteint d’un TDAH avec multi-dys qu’a reposée la compensation aux carences conséquentes. La maîtresse de Zachary a décidé de « stimuler » ce dernier afin qu’il puisse malgré tout suivre. Malheureusement pour lui, le sens du terme « stimuler » a pris une tout autre dimension…Zachary s’est trouvé en permanence accablé de reproches, réprimandé, contraint etc… Très rapidement, le comportement de Zachary a basculé. Les changements, visibles principalement à la maison, m’ont poussée à en parler lors de l’ESS du 28 février (soit après presque 3 semaines sans AVS) mais il n’y a eu aucun changement de la part de la maîtresse. Parmi ces troubles : troubles du sommeil, agitation, irritabilité, instabilité affective, troubles de l’appétit, incapacité à se concentrer, réaction de rejet envers l’école (impossibilité de faire les devoirs) etc… La pression exercée sur Zachary n’a pas cessé après le retour de l’AVS et a engendré des effets négatifs évidents.


A cette pression, s’est ajoutée une suspicion constante envers moi : quant à ma façon de gérer les prises en charge de mon fils. J’ai été en permanence, et je le suis encore certainement aujourd’hui, soupçonnée d’être à l’origine d’absences non justifiées de Zachary. Mon fils subit continuellement de fréquentes remontrances, qualifiées de « rappels à l’ordre constants » mais Zachary en souffre.

Il est aujourd’hui épuisé, agité, stressé, oppressé, préoccupé, dissipé. Il rentre systématiquement énervé, frustré, tellement tendu que c’est sur la famille qu’il décharge ses colères et ses ressentiments. Son attention devenue très instable, presque impossible à capter, a même alerté la neuropsychologue avec qui il travaille la remédiation cognitive.

Constatant une dégradation dans son comportement, résultant visiblement des pressions subies à l’école, elle a rédigé un courrier. Les autres professionnels qui le suivent m’ont aussi avertie de cette évolution inquiétante quant à son comportement. Dans ces conditions, faire les devoirs et rattraper les cours (des absences prévues selon planning de prise en charge) ET poursuivre efficacement sa prise en charge deviennent quasiment impossibles! A son attitude de remontrances permanentes envers Zachary, chose qui le touche douloureusement et profondément (cela a même été consigné dans le GEVASCO puisque développé lors de l’ESS ), son enseignante s’est permis, devant moi, de dire à mon fils : « Zachary, regarde-moi et écoute-moi. Je veux que tu ne travailles plus à la maison, mais que tu travailles à l’école » Elle prétendait que je faisais trop travailler Zachary à la maison! S’est-elle seulement un jour demandé quelle méthode j’appliquais ? Et pourquoi ? Et comment ? Et selon quelles recommandations ? Alors non seulement, je ne reçois pas clairement les consignes (devoirs, cours…) mais en plus, elle se permet en une seule phrase de réduire à néant plus de 4 années d’efforts pour amener Zachary à apprendre à se concentrer et se canaliser tout seul !!!

Vu l’état actuel de mon fils, comment l’amener à se poser et à réviser le soir, comment maintenant lui expliquer qu’il doit appliquer les directives de la neuropsychologue (travailler par courtes séquences régulières) sans dénigrer la maîtresse et par ce biais l’image de l’Education Nationale ? Ce n’est pas un excès de travail qui épuise Zachary, mais, outre l’insuffisance et la non application des aménagements, c’est bien la pression qu’il subit en permanence lorsqu’il est à l’école! Cette situation révèle deux alternatives : soit la volonté et la bienveillance sont absentes, soit le personnel enseignant souffre cruellement de lacunes sévères en matière de gestion des comportements dits atypiques, et ici en particulier, des comportements liés au TDAH. Zachary a été puni par des moyens non autorisés au vu de son handicap :

1. La copie lui a été formellement interdite par le médecin spécialiste. Et surtout, du fait de sa dysgraphie avérée, l’écriture ne doit JAMAIS être une punition. Pourtant, le 11 janvier, Zachary a eu une page de livre à recopier pour punition. Comme il s’agissait d’une leçon de grammaire, j’ai pris la décision de la lui faire apprendre et nous l’avons copiée sur ordinateur. 2. Par la suite, il a été privé de son casque anti-bruits, parce qu’il n’avait pas dit « s’il vous plaît » en le demandant !!!

3. Récemment encore, il a été obligé de rester confiné sous un préau avec de nombreux enfants malgré une chaleur particulièrement importante ce jour-là, avec les bruits, mouvements, énervements etc…que ce genre de situation implique forcément ! Et re-forcément, il n’a pas supporté ! Et re-re-forcément, il a été puni, son comportement lui a été reproché, et la maîtresse a demandé à me voir pour des problèmes de comportement en sport qui justifierait qu’il n’y soit plus accepté ! Il s’agit d’un enfant hyperactif à qui le sport ne convient pas ?!?!?! Alors que tout cela se passait au stade (vraiment grand, vraiment spacieux et bien délimité !!!!!) Tout cela parce qu’il ne restait qu’une maîtresse pour surveiller l’ensemble des élèves (+ d’une classe) jusqu’à 16h (la deuxième maîtresse ayant jugé plus utile de partir avec 5 ou 6 élèves pour assurer l’APC). Zachary, comme d’autres, ne demandait qu’à se défouler. Avec un peu de bonne volonté et une organisation adaptée cela aurait pu, cela aurait dû, se passer mieux et dans des conditions humaines correctes. Régulièrement, Zachary n’a pas le droit d’aller aux WC. Il est vrai que cela peut être fréquent et dérangeant…mais c’est un symptôme de stress.


Zachary est systématiquement questionné par sa maîtresse qui demande à connaître l’origine des absences (malgré le secret médical). S’il refuse de répondre (comme je le lui ai conseillé, car c’est à moi de juger si oui ou non j’informe le personnel enseignant ) il est menacé de punition. Exemple de cas: son enseignante a un jour trouvé que Zachary manquait trop. Elle l’a même consigné dans le cahier de liaison. A mon explication (les professionnels sont sur Strasbourg et j’optimise les déplacements), elle a désapprouvé ce choix en partant du principe que je devrais ramener Zachary à l’école et retourner à Strasbourg dans le cas d’autres RDVs ! Je pense vraiment que cette dernière, malgré l’expérience qu’elle met en avant, n’imagine pas ce qu’est l’organisation avec un enfant différent et un 2ème en début de phobie scolaire... Je précise qu’à ce moment-là, l’AVS de Zachary était absent et que la situation à l’école se révélait de toute façon très négative ! Les devoirs et directives sont régulièrement notés par l’AVS. Mais :

1. Son écriture est très difficilement lisible. Nous sommes, mon conjoint et moi, obligés de déchiffrer, deviner…

2. Le matériel pour la réalisation des devoirs en question manquent quand même, alors qu’il est sensé vérifier ou au moins aider Zachary à vérifier, non ? Je précise que nous avons pourtant acheté une réglette scan à Zachary (recommandée par sa neuropédiatre). Cette réglette scan est disponible en permanence dans son sac. Au problème des devoirs s’ajoute celui des informations implicites ou erronées.

3.Lorsque je demande qu’il soit donnée à Zachary la consigne d’écrire la date de retour sur la feuille elle-même, ce n’est pas pour faire joli ! Et me répondre que « la date butoire est toujours la même, la fiche est à finir pour chaque lundi »…moi ok, j’ai bien compris et enregistré ! Il s’agit là d’aider un enfant TDAH à devenir autonome et à adopter des réflexes constructifs et efficaces pour SON fonctionnement !

4. Le manque d’informations de la part de l’école est fréquent : lieux d’activités, horaires… Mais aussi par exemple : Vendredi 14 juin, je ramène Zachary à l’école après une de ses séances de suivi et … personne ! Ecole fermée. Aucun message sur les portes. Ni dans les cahiers de liaison ou agenda … Il avait été décidé que les enfants non concernés par la piscine iraient ce matin là au parc municipal !!! Un mois auparavant on me casse les pieds pour les absences de Zachary, j’arrive à modifier le suivi du vendredi matin … pour des récréations à rallonge ou des parcs ???!!!

De plus, il me semble que selon la Circulaire no 99-136 du 21 septembre 1999, paragraphe II.1.1., « Dans tous les cas de sorties, les familles doivent être précisément informées des conditions dans lesquelles elles sont organisées. » Rien n’avait été prévu. Cela arrive encore, selon le temps…bref, c’est très aléatoire et rien n’est jamais noté dans le cahier de liaison ni dans l’agenda. De nombreuses feuilles volantes dans des pochettes attendent … d’être rangées, ou classées, ou jetées, ou collées ou… Mais comme beaucoup de consignes sont données au groupe, et oralement, et non répétées…et surtout non écrites !!! … pour Zachary, forcément… Résultat : du désordre, Zachary qui ne sait plus, qui perd ses moyens…et moi je cherche…je devine… J’insiste : si les choses étaient notées sur la feuille ou au dos de la feuille, si Zachary était encouragé à écrire les consignes au dos des documents, je pourrais au moins l’aider à agir et à prendre les initiatives appropriées au lieu de passer mon temps à « décoder » les informations ! Le manque de formation des enseignants ET AVS est un danger ! Comment expliquez-vous que moi, la seule personne qui connaisse le mieux ce trouble, je sois celle qu’on écoute le moins et qu’on persécute (je choisis ce mot très précisément) tout simplement parce que je résiste face à un ensemble de procédures totalement inadaptées et défavorables au bon développement d’un enfant ??? Il est avéré aujourd’hui que les aménagements, une fois mis en place, ne constituent en aucun cas un désagrément pour l’ensemble de la classe, bien au contraire ! A l’inverse d’être entouré de bienveillance, Zachary a été victime de maltraitance !

Cela fait bientôt 6 ans que je me charge de très près de l’éducation et de l’instruction de Zachary. Je me suis formée pour cela. Toute cette année scolaire, j’ai pallié aux manquements de l’école ! Ça suffit !!!

Je suis épuisée et profondément en colère d’être constamment obligée de rattraper des « bourdes » qui ne devraient pas exister. Aux cours que je reprends presque quotidiennement (parce qu’aucun effort d’adaptation n’est fait) s’ajoute la nécessité de « défouler » mon fils, devenu en fin de journée incontrôlable surexcité, déchaîné, hyperémotif, impulsif … alors qu’après toutes ces années de patience, de travail, d’efforts, de soutien…son comportement dans l’ensemble s’était vraiment amélioré. Cette année scolaire est un véritable gâchis !!!"


Ce témoignage démontre une fois de plus que nos enfants ne sont pas pris en compte dans leurs particularités. S'il y a un AVS, c'est qu'il y a un besoin. Les parents passent encore plus de temps que pour les élèves ordinaires à chercher les informations. Il faut les aider. Pas pour une faveur, mais pour compenser un handicap.

J'ai demandé à la maman des informations complémentaires sur son témoignage, car ce manque de bienveillance me semble incroyable.

Son fils a été victime de violences verbales par l'enseignante, de violences physiques par les autres élèves: "Zachary n'a jamais été cru par le personnel enseignant, ni écouté, ni protégé. Il était au contraire accusé et puni, et les autres élèves en profitaient bien."

C'est malheureusement souvent ce phénomène qui se déroule: les autres élèves sachant que le personnel a pris en grippe un élève, cela devient une spirale infernale et l'enfant devient l'élève "punching ball". L'élève encaisse beaucoup, et cette injustice le met d'autant plus en colère... Il se fâche, peut faire une crise et forcément: il est coupable! D'où l'importance sur la manière d'agir des enseignants. C'est un exercice difficile, mais tellement important pour ne pas envenimer la situation, car derrière cet élève, il y a un être humain, un enfant, en grande souffrance.

J'ai posé quelques questions complémentaires à la maman:

Avez-vous informé l'école du diagnostic de votre enfant?

La réponse est "oui"; cet élève bénéficiait d'un PPRE, PAP et PPS, d'aménagements scolaires... non appliqués...

Quelles ont été les suites données?

Rdv avec l'enseignant, le directeur d'école, le rectorat, le maire... Aucune suite donnée à part des promesses et des sourires...

Quelles conséquences sur votre enfant?

"Accumulation de retard scolaire, perte de confiance dans ses capacités et aussi envers son entourage, anxiété, angoisses fortes, perte d'appétit, de poids, de sommeil, cauchemars et somnambulisme, pleurs, agressivité, incapacité à se confier (même avec sa psychologue), refus d'aller vers les autres...

Malgré l'école à la maison depuis presque 1 an, certaines conséquences sont toujours bien réelles!"

Où en êtes-vous depuis 1 an quant à la scolarité de votre fils?

"Je fais maintenant l'école à la maison depuis septembre 2019. Forcément, tout va beaucoup mieux chez Zachary et par conséquent chez son petit frère et toute la famille!

Je n'ai par contre aucun soutien. Ni CNED, ni conseil... et la CAF a supprimé l'allocation de rentrée des classes puisqu'il n'est inscrit dans aucun établissement "officiel". Je trouve cela aberrant car :

1) Je ne peux pas travailler et donc gagner de l'argent (nous vivons à 4 sur un seul salaire)

2) C'est à la famille de TOUT mettre à disposition (cours, manuels qui normalement ne sont pas payants en primaire, tableau...)

3) Je fais le travail que l'école DEVRAIT faire! Mon fils ne leur coûte plus rien du tout!!!


Zachary avait un retard ENORME en septembre. Je me suis aperçue qu'il avait accumulé tellement de lacunes que j'ai tout repris depuis début CE1. Aujourd'hui ça va beaucoup mieux. Il a bien progressé. Il réagit très bien en binôme (d'où l'intérêt de l'AVS pour ce genre d'enfant, à condition que l'AVS soit formé bien sûr !).

Il a repris confiance en lui et apprend à se connaître, à anticiper ses réactions et nous travaillons ensemble sur des méthodes de contrôle. C'est dur, mais je ne regrette pas mon choix pour mon fils. Et pour son bien, je continue l'an prochain.

Je pense juste, avec beaucoup de tristesse et d'amertume, beaucoup de colère aussi, au gâchis dont la France est coupable envers nos enfants. Et j'insiste sur le mot "coupable"."

Bravo à la maman de Zachary pour son courage, son investissement au quotidien sur tous les points pour son fils à besoins spécifiques. Quel don de soi pour faire évoluer son enfant et pallier les carences de l'Education Nationale. Chapeau! Et bravo aussi à Zachary de ne pas avoir baissé les bras et de poursuivre ses apprentissages avec sa maman!


En 2020, les belles campagnes de communication du gouvernement nous informent encore de l'inclusion scolaire des enfants avec handicap... Mais l'envers du décor, c'est aussi celui-là. Nous sollicitons toujours un rdv avec Jean-Michel Blanquer et Madame Cluzel... demandes refusées...

Car sur le sujet des élèves avec TDAH notamment, il y a, je pense, un manque de connaissances sur le mécanisme qui s'enclenche bien trop souvent envers ces élèves. C'est pourquoi une réflexion approfondie est nécessaire pour une vraie inclusion scolaire des élèves avec TDAH.